Rencontre avec Daniel BOULLENS

     

Des Espaces Verts sans phytosanitaires

L’expérience de Lyon

Espaces verts certifiés ISO 14 001

Rencontre de Daniel BOULLENS – Directeur des Espaces Verts de Lyon – 21 mai 2008

Ce service de 382 salariés est le premier Espace Vert de France, certifié ISO 14 001 pour le management environnemental – SME – en 2005

A- Historique du projet Espaces Verts de Lyon

Dans les années 1980, un virage a lieu dans les grandes villes de France avec « la gestion différenciée des espaces verts » : Rennes, Strasbourg, Montpellier étaient les villes en pointe sur cette dynamique.

A ce moment, Lyon n’était pas inscrit dans ces villes avec Espaces Verts, car le Maire de l’époque, Pradel, était un bétonneur.

En 1990 / 1995, Lyon sort de sa léthargie avec Raymond Barre et Michel Noir qui décide de faire travailler des architectes et paysagistes de renom et des places comme Bellecour sont conçues par ces paysagistes et architectes, mais c’est encore le règne du minéral.

Dans les années 2000, sous la pression du public, la demande politique exige de la verdure. Il est fait appel à des paysagistes comme Gilles Clément pour un plan de végétalisation sur Lyon et la création d’espaces verts.

Dans les années 2000, visite à Rennes, Strasbourg, Montpellier, villes où est mis en place le principe des « 4 à 7 niveaux de qualité »

Le service Espaces Verts (EV) de Lyon décide d’appliquer les quatre niveaux de qualité, mais c’est un échec, dû à la mauvaise communication sur cette méthode, pourtant bonne.

M. Boullens décide de redonner un nouvel esprit à la démarche, en créant son propre concept : « la gestion différenciée » en y ajoutant une très forte connotation environnementale » = « LA GESTION EVOLUTIVE DURABLE » qui consiste à prendre en compte le respect de l’environnement, des paysages, des attentes du public et les coûts d’entretien.

B- Mise en place d’une nouvelle démarche avec l’objectif en 2002 de zéro phytosanitaire d’ici 5 ans.

1- Et la première idée essentielle est de dire que le respect de l’environnement est d’abord pour les salariés et pour leur santé. Il n’est plus question de s’habiller comme un cosmonaute contre ces produits dangereux et il faut se préoccuper de la santé de nos agents.

Il est capital de lier l’approche environnementale et la santé

Cette politique environnementale du service EV est affichée partout, dans tous les locaux des services EV et dans tous les espaces verts de la ville, pour le public.

2- Les grands principes affichés :

- Zéro phytosanitaire

- Réduction de 50% d’eau

- Supprimer les rejets toxiques

- Réduire le bruit

- Réduire les dépenses énergétiques

- Et faire que les salariés soient eux-mêmes acteurs du changement

3- La méthode de diffusion des nouveaux principes :

Dix sites pilotes sont choisis avec ses dix agents de maîtrise et chacun d’entre eux est chargé d’expérimenter sur un secteur particulier des EV de la Ville. Ex les prairies, les fleurs, …

Chaque agent de maîtrise est chargé de montrer ses réalisations à ses collègues agents de maîtrise sur son site (ce qui est très stimulant entre eux) et c’est ainsi que les agents de maîtrise forment leurs collègues.

En 2003, 40 agents de maîtrise sont formés à l’extérieur, puis une formation interne est organisée pour les 300 autres agents, faite par les agents de maîtrise formés auparavant.

Un effort important est demandé aux jardiniers pour travailler autrement. En contre partie, il leur est proposé du nouveau matériel pour améliorer les conditions de travail, l’hygiène et la sécurité. Cf démarche QSE : qualité sécurité environnement

4- Les impacts négatifs sur l’environnement et le classement dans le travail de ce qui est le plus nuisible pour l’environnement.

Ø Le premier impact négatif sur l’environnement est lié aux piles des programmateurs d’arrosage (700 piles par an qui ont un gros impact sur la nature). Depuis, les piles sont recyclées, retraitées. Une procédure est élaborée avec le fournisseur qui les reprend et ces piles ne sont pas plus chères. Certains programmateurs sont branchés sur le secteur ou sur le solaire.

Ø Le 2è impact est lié à l’huile de chaîne de tronçonneuse (400 l par an). Sachant qu’un litre pollue 2 ha d’étang et qu’il existe 9000 T d’huile de chaîne sur le marché. Par ailleurs, les élagueurs signalent des allergies sur leurs avant bras. Depuis, cette huile de chaîne est remplacée par une huile bio dégradable, quatre fois plus chère, un BIOLUBRIFIANT, qui se dégrade dans le sol.

Ø Autre impact sur la nature : les 20 000 m3 de déchets verts qui sont transportés par de nombreuses rotations sur une plate -forme à Ternay (200 000 kms) et il fallait payer pour l’élimination de ces déchets verts. Un autre lieu est cherché, plus proche pour composter à 100 %. L’économie occasionnée sur ces trajets et ces frais de destruction permettent de financer le surcoût lié à l’huile bio dégradable.

Ø Sur la question de l’arrosage, des économies conséquentes d’eau sont réalisées. Le service EV est abonné à Météo France qui délivre des certificats d’évapo – transpiration (ET). Selon les taux d’ET, les jardiniers décident d’arroser ou non et de régler en fonction des besoins des plantes en eau. Il ne s’agit pas de développer l’arrosage automatique, mais plutôt de rechercher des plantes vivaces, des plantes économes en eau. 50 % d’eau est ainsi économisé.

Ø Des bennes à ordures sont remplacées par deux chevaux de traie.

Ø Sur la question du ramassage des feuilles mortes en automne, il a été décidé de les ramasser seulement 5 fois dans l’année et de limiter ainsi le recours aux appareils bruyants qui les ramassent. La première période est en décembre. Le public lyonnais a écrit de nombreuses lettres pour exprimer sa satisfaction de voir enfin les feuilles d’automne dans la ville. Avec le temps économisé sur le ramassage moins fréquent des feuilles mortes, le personnel a pû être redéployé pour des travaux pas faits depuis 15 ans, faute de temps : réfection d’allées, plans de reboisement…

Ø Fleurissement naturel : Il est aussi imaginé de planter des graines vivaces dans les fissures du macadam, au bord des cabines téléphoniques, … Ca tire une image vers le public. Cependant, attention, les coquelicots ne poussent pas tous les ans (besoin de retourner la terre pour relancer ses graines). La facélie met de l’azote dans le sol (4 à 5 ans)

5- L’importance de la communication

Pour faire passer toutes ces modifications, il est nécessaire de compter sur le soutien des élus et de communiquer fortement avec les médias avec des conférences de presse à chaque nouvel évènement. Il s’agit en fait d’expliquer que ces nouvelles techniques ne sont pas du laisser aller et que « l’herbe, ce n’est pas sale ».

o Un gros travail d’explication a dû être entrepris aussi en interne, car les jardiniers avaient l’impression que leur métier n’était pas respecté (laxisme ?).

o Même pendant les Concours de balcons fleuris, il importe de développer des messages sur l’eau, les déchets, le recyclage de bassin …

o L’espace vert est pour la population, pour faire joli, mais aussi pour dynamiser la Ville. Il importe de ne jamais oublier le sens qu’on donne à nos actions.

o Sur ces questions de santé, sur l’eau, les déchets, la bio diversité, il est utile de communiquer avec les associations de pêche et les chasseurs qui sont sensibles à l’amélioration de la bio diversité permise par ces nouvelles façons de travailler.

o Les écoles aussi sont de bons relais de communication, pour faire participer au fleurissement (planter des graines dans les jardinières), ainsi que les clubs de 3è âge qui peuvent participer à l’arrosage.

o L’espace vert crée le lien social. Cf les villages de l’Ain qui ont de très nombreux comités de fleurissement qui achètent les fleurs grâce à des soirées festives (soirées choucroute, festival de la Courge, …)

C- Sur les phyto sanitaires

Trois types de phyto sanitaires :

- les désherbants

- les insecticides

- les fongicides

En n’oubliant pas que de nombreux produits ménagers comme la Javel sont très dangereux aussi pour la santé.

Sur ces produits phyto, 5 classifications :

- T+ : le plus toxique avec tête de mort

- T : toxique

- XN : nocif par ingestion

- XI : irritant

- Pas de classement toxico : exemple le Round Up alors qu’il est hyper toxique

Attention, il y a aussi la codification DL 50 qui exprime en mg / kg, la quantité nécessaire pour tuer. Plus le chiffre est petit, plus le produit est toxique, moins il en faut pour tuer !!!

Tous les produits, même le purin d’ortie, ont un effet sur la santé humaine et donc sur la nappe phréatique.

De quoi peut-on se passer ?

1- Les insecticides : Contre les pucerons des rosiers ou des tilleuls (qui salissent les voitures). Mais mieux vaut laver sa voiture, que de dégager un toxique pour la santé. Pour remplacer, il est possible d’acheter des « auxiliaires » comme les coccinelles ou un bacille spécial pour tuer les chenilles processionnaires. L’inconvénient de la purée d’ortie est sa durée d’action courte.

2- Les herbicides, surtout utilisés pour les allées, les voiries circulées ou dans les massifs d’arbustes.

o Sur les voiries, possible d’utiliser le traitement thermique (eau bouillante avec mousse d’amidon). Il y a aussi la binette ou la brosse métallique (besoin d’au moins deux passages). S’il y a de l’herbe sur les dalles, le sol a peut-être été mal traité et les fissures mal finies. Dans les allées, laisser pousser l’herbe et en août, ça jaunit.

o Dans les massifs d’arbustes, il y a la technique du paillage : déchets verts compostés avec broyage de petites branches sous les arbustes + paillettes de chanvre ou lin + cabosses de cacao ou écorces de pin compostées ou pouzolade (pierre volcanique) ou gravier à poser autour de l’arbuste. En plus, ceci conserve l’humidité en dessous des arbustes. Besoin d’une bonne épaisseur.

3- Les fongicides, utilisés au départ au Jardin Botanique. Il a été mis des rosiers plus résistants ou remplacés par des produits naturels bio stimulants à base d’algues qui renforcent les défenses immunitaires des plantes. Il y a aussi la silice, bio dynamite.

Questions en fin de présentation

o Public autorisé à s’allonger sur les pelouses, malgré les 70 000 personnes dans le Parc de la Tête d’Or les dimanches !

o Formation ? Au lycée de Dardilly, où il y a un CFPA Rhône Alpes, capable d’envoyer sur place des formateurs pour des groupes de 12 à 15 personnes. Directeur des EV de St Etienne : M. Dandalet

o Charte graphique avec « PhyDéO », petit bonhomme symbolisant phytosanitaires, déchets et eau. Changement des messages au public tous les mois.

Question du tri sélectif dans les Parcs, compliqué car codes changent selon les lieux. Besoin de travailler cet aspect important.